Chanteuse, cabaretière, romancière, antiquaire, Suzy Solidor est une femme à part. Dans les années 30, la Malouine est une icône. Avant-gardiste, il n’en demeure pas moins qu’elle a été marquée par les affres de son époque.

Une identité multiple

Louise Marion, domestique de Robert Henri Surcouf, avocat, armateur et député de Saint-Malo, donne naissance le 18 décembre 1900 à Suzanne. Celle qui va utiliser le nom de scène Suzy Solidor, en hommage au quartier de Saint-Servan où elle passe son enfance, accrédite la rumeur qu’elle est le fruit des amours illégitimes de sa mère et du descendant du célèbre corsaire. Entre-temps, elle prend le nom de son père adoptif : Rocher.

Une pionnière

Sans attendre sa majorité, elle s’engage lors de la Première Guerre mondiale : « ma mère a dit “ma fille est enragée je ne peux rien en faire”. C’est là où je suis partie pour être militaire, je suis partie à l’armée. J’étais la plus jeune femme en France à conduire une voiture. La journée je conduisais le général et la nuit je conduisais les ambulances. C’était très dur car cela faisait peine de voir tous ces garçons de 18 ou 20 ans avec des jambes en moins, des bras en moins, c’était une drôle d’aventure« .

La mondaine

Après-guerre, elle s’installe à Paris. Elle y mène une vie mondaine. La femme de lettres Yvonne de Bremond d’Ars, également figure du Tout-Paris et amante de Suzy Solidor qui l’introduit dans le milieu artistique. « Elle m’a sculptée » déclare-t-elle.
La Malouine se tourne vers la chanson en 1929. Son répertoire se compose essentiellement de chansons de marins et d’œuvres plus sensuelles, équivoques et audacieuses. Sa voix grave, quasi masculine, « une voix qui part du sexe » selon le poète Jean Cocteau, son physique androgyne, ses cheveux blonds et sa frange au carré marquent les esprits. En 1933, elle se produit avec succès à L’Européen puis ouvre rue Sainte-Anne La Vie parisienne, un cabaret, lieu de rencontres homosexuelles, où chante entre autres le jeune Charles Trenet.

La muse

« Mermoz est arrivé dans ma vie comme un avion » dira-t-elle. Il lui offrira un magnifique cœur de diamants traversé par une flèche de rubis. Il fera aussi réaliser d’elle un portrait par Paul Colin. Sa réputation lui vaut d’apparaître en 1936 dans l’adaptation cinématographique du roman sulfureux de Victor Margueritte, La Garçonne. Elle devient parallèlement l’égérie des photographes des magazines de mode et des peintres, inspirant plus de 200 d’entre eux : « Je suis plus à peindre qu’à blâmer« . Lorsqu’elle s’installe à Cagnes-sur-Mer, où elle inaugure la même année un nouveau cabaret, « Chez Suzy », elle décore son établissement de 224 de ses portraits.

La romancière

Entre 1939 et 1944, elle compose quatre romans : Térésine (1939), Fil d’or (1940), Le fortuné de l’Amphitrite (1941), La vie commence au large (1944).

La chanteuse

Durant l’Occupation, son cabaret rouvre en septembre 1940 et est fréquenté par de nombreux officiers allemands. Suzy Solidor ajoute à son répertoire une adaptation française de Lili Marleen, une chanson allemande adoptée par les soldats de la Wehrmacht (avant de l’être par les armées alliées), qu’elle interprète de façon régulière à Radio-Paris. Ses activités lui valent d’être traduite à la Libération devant la commission d’épuration des milieux artistiques, qui lui inflige un simple blâme mais lui impose une interdiction d’exercer de 5 ans. Elle part chanter aux États-Unis.

Une cabaretière

De retour à Paris, Suzy Solidor ouvre en février 1954 le cabaret Chez Suzy Solidor, près des Champs-Élysées. Elle le dirige jusqu’au début des années 60 avant de se retirer sur la Côte d’Azur.

L’Antiquaire

Suzy Solidor meurt le 31 mars 1983 et est enterrée à Cagnes-sur-Mer. Chanteuse, actrice, reine de la nuit, romancière, antiquaire, elle a marqué le 20ème siècle en étant un symbole de la garçonne des « Années folles ». Suzy Solidor n’était pas une militante, juste une femme sans tabou et prodigieusement libre.

Pour aller plus loin :

Quand Suzy Solidor « la garçonne » racontait sa vie d’aventures au 20ème siècle de Les Nuits de France Culture

Les Nuits Solidor de Charlotte Duthoo : Le faux journal intime d’une égérie des Années folles