Scissy: une ancienne forêt sous la mer ?

Par |2019-05-30T18:21:52+02:0027 février 2019|Histoire|

La forêt de Scissy reste encore aujourd’hui une zone d’ombre dans l’histoire de Saint-Malo. Les anciens écrits réutilisés par les historiens et les recherches scientifiques modernes continuent d’alimenter cette histoire, donnant l’impression de ne pas pouvoir trancher entre ce qui relève du mythe ou de la réalité.

La forêt de Scissy aurait existé dans la baie du mont Saint-Michel, s’étendant du Cap Fréhel jusqu’à Granville, avant d’être engloutie par les eaux. Le Mont aurait donc été entouré d’une épaisse forêt qui maintenait le rivage maritime à près de 9 kilomètres du rocher.

Un raz de marée serait-il à l’origine de la disparition de cette forêt ?

Il est possible de retrouver mention de cette forêt dans plusieurs textes, dont un anonyme daté du Xème siècle : « Primitivement cet endroit, comme nous avons pu l’apprendre de narrateurs soucieux de la vérité, était entouré d’une forêt des plus épaisses ; distant, estime-t-on, de six milles des flots de l’océan, il offrait des repaires qui convenaient parfaitement aux bêtes sauvages. Mais parce que ce lieu était, par la volonté de Dieu, destiné au prodige à venir et à la vénération de son saint Archange, le niveau de la mer qui se trouvait fort éloignée monta peu à peu, rasa par sa propre force toute l’étendue de cette forêt et réduisit tout en plage. »

Selon la légende chrétienne, l’épaisse forêt aurait été un lieu de culte païen que le raz-de-marée aurait englouti dans le but de purifier la contrée. Une légende qui s’embellit au fil des écrits et des retranscriptions.

En mars 709, un raz de marée aurait balayé cette étendue boisée, donnant au Mont Saint-Michel son caractère insulaire. C’est l’Abbé Manet en 1829 qui a élaboré cette thèse : « La mer assaillait et minait sourdement depuis longtemps les digues que lui avait opposé la nature, lorsque dans les 6ème et 7ème  siècle elle parvint enfin à les entamer en quelques endroits sur la côte de Normandie où elle emporta dès lors quelques parties de la forêt de Scissy. Mais ces dernières dévastations toutes funestes qu’elles furent, n’étaient rien en comparaison de celle qu’opéra la fatal marée de l’an 709. »

Carte Saint-Malo Ceézmbre marée basse (16è ou 17è)

La forêt de Scissy, mythe ou réalité ?

La présence de Coërons, souches d’arbres fossilisés pourrait donner du crédit à la thèse de l’Abbé Manet. Malheureusement, la datation démontre que ces arbres sont bien plus anciens et les recherches ne permettent pas de retrouver un tel bouleversement.

Toutefois, il semble admis qu’il y a plus de 6 000 ans, existait une forêt entre la France et l’Angleterre. Effectivement, 10 000 ans avant JC, la période de glaciation faisait que le niveau de la mer se situait 100 mètres plus bas. Ainsi, durant le Mésolithique, il était possible de traverser la Manche à pied, permettant l’installation de populations à Jersey, Guernesey mais aussi Chausey où a été découvert un cercle de pierres mégalithique vieux d’environ 5 000 ans. La fonte des glaces a peu à peu submergé ce qui deviendra la baie du Mont-Saint-Michel, isolant les îles Anglo-Normandes.

L’ermite Malo aurait débarqué sur l’île de Cézembre venu à pied jusqu’à la cité d’Alet. L’île était un avant-port de la cité et qu’il existait une liaison terrestre. Entre la côté et l’île, séparée par deux bras de la Rance, se situait une forêt mais surtout des marais. Selon toute vraisemblance, jusqu’à la fin du XVème siècle, il était possible de rejoindre Cézembre à pied. Le site Carphaz donne plusieurs preuves : « Ainsi, le registre de 1415 contient la condamnation d’un malouin qui aurait laissé ces bêtes fuir ès près de Cézembre, un autre de 1425, précisa la recette du receveur de la mense capitulaire d’une somme de 21 livres et 8 sols pour la location des prés de Cézembre, à un dénommé Grochard et en troisième daté de 1486 indique la non location des prés de Cézembre. »

La zone aurait donc subi une submersion graduelle. Même si les doutes persistent, la forêt de Scissy semble plus relever d’une légende, mais derrière les mythes, n’y a-t-il pas toujours quelque chose de vrai ?

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